Dispositifs contribuant au suivi des espèces chassables de l’avifaune migratrice |
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Les suivis de populations d’espèce migratrices s’appuient d’une part sur l’analyse de la tendance des effectifs et d’autre part sur des études et recherches visant à approfondir les connaissances sur le fonctionnement de ces populations.
Les estimations d’effectifs sont organisées chaque année, soit sur la base de recensements exhaustifs, soit à partir d’indices d’abondance. L’organisation de ces opérations diffère en fonction des contraintes imposées par l’espèce ou le groupe d’espèces concernées, mais aussi en fonction des moyens disponibles.
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Dénombrements
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Pour les oiseaux d’eau, le dispositif le plus ancien est le dénombrement de mi-janvier organisé chaque année sous l’égide de Wetlands International et coordonné en France par la LPO (pour les canards, les oises et les foulques macroules) sur des entités géographiques majeures pour l’hivernage de ces espèces. L’ONCFS et les FDC participent à la collecte des données. En complément, le réseau ONCFS/FNC « Oiseaux d’eau et zones humides » réalise annuellement depuis 1986-87 des dénombrements d’anatidés et de foulque macroule en décembre, janvier et février sur 93 entités d’importance nationale qui représentent environ 80% des stationnements (voir encadré).
Aujourd’hui, environ 800 observateurs issus essentiellement des FDC et de l’ONCFS y participent. D’autres acteurs, propriétaires ou gestionnaires, apportent également leur contribution : Station biologique de la Tour du Valat, parcs naturels régionaux, réserves naturelles, conseils généraux. Ces deux dispositifs conduisent à des estimations d’effectifs hivernants qui servent, d’une part, à renseigner sur la taille des populations et leur répartition hivernale et, d’autre part, à fournir des indications sur la tendance démographique des espèces concernées. |
Des dénombrements aériens de canards marins (macreuses noires, macreuses brunes, eiders à duvet et harles huppés) sont organisés en hiver par l’ONCFS sur le littoral Manche-Atlantique. Ils ont les mêmes objectifs que pour les autres anatidés : estimation des effectifs, variations inter-annuelles.
A partir de 2007, ces dénombrements auront lieu tous les 3 ans. Ce programme est coordonné par Wetlands International.
Les activités nationales d’estimations d’effectifs sont enrichies par d’autres suivis de population organisés par l’ONCFS essentiellement en Afrique de l’Ouest pour les limicoles et anatidés, dans les bassins du Tchad, du Niger et du Sénégal (en collaboration avec l’OMPO), au Maroc pour la caille des blés et la tourterelle des bois, mais aussi en Russie pour les bécasses et bécassines. |
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L’ONCFS réalise chaque année des comptages de limicoles (Courlis corlieu, Barge à queue noire, Combattants,…) sur des sites de référence qui renseignent sur la chronologie de la migration et l’évolution quantitative à long terme des stationnements de ces espèces. Des recensements mensuels sont organisés en baie de Bourgneuf, de l’Aiguillon sur le littoral vendéen et dans le marais d’Olonne. Les résultats de janvier sont intégrés au recensement général des limicoles côtiers de la voie Est-Atlantique mis en place chaque hiver par Wetlands International. La coordination et l’édition des résultats annuels de ces dénombrements sont assurés par l’ONCFS. En outre, les effectifs nicheurs de limicoles sont plus particulièrement suivis dans le marais breton et le marais d’Olonne.
En janvier 2005 et 2006, un dénombrement de vanneaux huppés et pluviers dorés a été organisé et réalisé par les agents de l’ONCFS, sur la base d’un tirage aléatoire de communes, dans la moitié Ouest de la France sur une superficie représentant environ 1/3 du territoire national. Une estimation des effectifs hivernant dans cette zone a été obtenue. L’opération sera étendue à tout le territoire à partir d’un échantillon national de communes et reconduite cycliquement avec pour objectifs d’estimer les effectifs hivernants de vanneaux huppés et pluviers dorés, de connaître leur répartition et l’occupation des milieux, et, à terme, d’évaluer les tendances d’évolution.
Un programme transfrontalier France-Espagne piloté par le GIFS renseigne sur les effectifs de pigeon ramier en migration post-nuptiale.
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Le suivi des oiseaux d’eau en période inter-nuptiale en France par le Réseau national ONCFS/FNC/FDC « Oiseaux d’eau & Zones humides »
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Suivre les oiseaux d’eau à l’échelle de leur aire de répartition : pourquoi, comment ?
La gestion des populations d’oiseaux d’eau migrateurs doit s’établir à l’échelle des voies de migration. Dans ce but, le dénombrement des oiseaux d’eau du 15 janvier est organisé à l’échelon mondial, notamment en Europe et en Afrique de l’Ouest, sous l’égide de Wetlands International (WI). Cette structure internationale, anciennement appelée Bureau International de Recherche sur les Oiseaux d’eau (BIROE), est une organisation non gouvernementale ayant pour mission le suivi des oiseaux d’eau à l’échelle internationale. Elle produit des rapports servant aux différents organismes, directives ou conventions focalisées sur le statut des espèces (directive oiseaux, Accord sur les oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique Eurasie -AEWA) ou encore se servant des oiseaux d’eau comme indicateurs de la qualité des milieux (convention de Ramsar). Pour répondre à cet enjeu international, une liste de sites à dénombrer a été établie par pays. Cette liste vise à connaître la taille des populations et leurs tendances par grande région bio-géographique.
Historique des dénombrements d’oiseaux d’eau en France
En France, les suivis ornithologiques ont effectué dès les années 60 par certaines associations naturalistes (Centre Ornithologique de Rhône-Alpes, Groupe Ornithologique Normand, Groupe Ornithologique Breton…). Le comptage du 15 janvier réalisé sous l’égide de WI a donc tout d’abord été pris en charge par ces réseaux, coordonnés au niveau national par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). La création en 1987 d’un réseau « Oiseaux d’eau & Zones humides » (réseau OEZH) unissant les personnels de l’ONCFS et des fédérations départementales des chasseurs (1500 participants aujourd’hui) a été motivée par le besoin de réaliser un inventaire national des zones humides et d’étendre le suivi des oiseaux d’eau à l’ensemble de leur cycle biologique (migration, nidification, hivernage). Entre 1995 et 1999, après négociations avec la LPO, les résultats des comptages effectués par le réseau OEZH ont été retenus pour environ 40% des 80 sites sélectionnés pour le comptage du 15 janvier de WI. Quelques secteurs relèvent encore de la compétence du réseau ONCFS/FNC/FDC aujourd’hui (sites en gestion par l’ONCFS ou propriété de l’ONCFS) mais cette mission repose maintenant en grande partie sur les réseaux associatifs.
Des suivis nationaux spécifiques aux objectifs poursuivis
En plus de cet objectif international, les suivis réalisés par le réseau national ONCFS/FNC/FDC en période inter-nuptiale sont orientés vers d’autres objectifs nationaux.
Le suivi des anatidés et foulques réalisé par le réseau OEZH ONCFS/FNC/FDC en période inter-nuptiale a évolué au fur et à mesure de l’acquisition des connaissances. Si l’objectif de départ était un suivi quasi-exhaustif des sites d’hivernage, il est aujourd’hui de connaître l’abondance et l’évolution des effectifs de 30 espèces d’anatidés et foulques à deux échelles : premièrement sur l’ensemble des entités humides ayant une importance nationale pour au moins une des espèces suivies ; et deuxièmement à l’échelle de chacune de ces entités. Les oiseaux d’eau étant de bons indicateurs de l’évolution des milieux humides, le suivi de leur abondance et de leur diversité renseigne sur l’évolution de ces milieux en termes de qualité. Après 10 années de suivi, toutes les entités humides d’importance nationale pour au moins une des 30 espèces étudiées ont pu être identifiées.
Cette caractérisation, basée sur des critères numériques nationaux validés par la LPO (accueil de 1% de l’effectif national d’une espèce donnée ou de 10 000 Anatidés et Foulques), a permis de retenir 93 entités correspondant à 664 sites plus ou moins intéressants en terme d’accueil pour chacune des espèces. L’ensemble de ces 93 entités accueille environ 80% de l’effectif hivernal de chacune des 30 espèces d’oiseaux suivies. Cette liste d’entités d’importance nationale est celle que nous avons retenue pour effectuer nos suivis en période inter-nuptiale. |
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Le mois de janvier a été traditionnellement pris comme référence pour les comptages internationaux en raison des effectifs considérés comme les plus stables (absence de déplacements migratoires sauf en cas de vague de froid) et les plus élevés de la période inter-nuptiale.
Cependant, les dénombrements effectués par le réseau OEZH depuis près de 20 ans montrent que les tendances établies sur le seul mois de janvier ne permettent pas de donner une représentation fiable des tendances hivernales (Fouque et al. 2005b). Les tendances des mois de décembre et février peuvent renforcer ou modérer celles de janvier. |
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Si pour l’Oie cendrée (Fouque et al., 2005a), le Cygne tuberculé (Fouque et al., soumis) et la Sarcelle d’hiver (Fouque et al., 2005c) les 3 mois donnent les mêmes tendances à la hausse (exponentielles pour les deux premières espèces et modérées pour la troisième), pour le Fuligule milouin, par exemple, les tendances de décembre diffèrent de celles de janvier et février (Fouque et al., 2005d). La comparaison des tendances des trois mois d’hiver permet d’affiner notre vision de l’évolution des espèces étudiées voire même d’en déduire des changements dans les stratégies d’hivernage. Le cumul des trois mois (présenté dans cet Atlas) permet de représenter assez précisément pour chaque espèce les fluctuations annuelles du volume de stationnement hivernal.
Le protocole retenu par le réseau OEZH impose donc un comptage en décembre, janvier et février, au plus près du 15 de chaque mois pour obtenir trois images instantanées de l’hivernage à l’échelle des 93 entités sélectionnées. Ce protocole est complété par des recommandations relatives à la mise en oeuvre des comptages sur chaque site précisant : la localisation des points de comptages sur une carte au 1/25 000ème, les horaires et les jours favorables aux dénombrements, les moyens matériels et humains nécessaires … Il est reconduit à l’identique d’une année sur l’autre afin que les variations d’effectifs constatés traduisent de véritables tendances d’évolutions des populations et non d’éventuelles variations aléatoires du protocole. Les comptages effectués dans les 93 entités
nationales sont donc réalisés dans des conditions les plus homogènes et les plus stables possibles de façon à limiter les biais inhérents à la collecte des données.
Les données de comptage recueillies par le réseau OEZH ONCFS/FNC/FDC sont consignées dans une base de données dont l’unité est le site (et non l’entité) ce qui permet, notamment, une bonne précision de l’estimation des données manquantes au moment de l’analyse. Ce jeu de données est analysé avec la méthode statistique la mieux adaptée disponible à ce jour pour le calcul de tendances et d’indices d’évolution temporelle (TRIM ; Pannkoek et Van Strien, 2001).
Bilan et perspectives
Les dénombrements hivernaux d’Anatidés et Foulques permettent de faire ressortir l’importance de certaines zones humides pour l’hivernage des oiseaux d’eau migrateurs en France. Ainsi, 80 % de l’effectif national d’Anatidés et Foulques sont dénombrés dans 93 entités d’importance nationale pour au moins une des 30 espèces d’Anatidés et Foulques (Fouque et al., 2004 et 2005a) et parmi ces 93 zones, 25 sont également d’importance internationale pour au moins une espèce. Ces 93 zones humides d’importance nationale jouent un rôle majeur pour les oiseaux d’eau migrateurs en hiver notamment en période de froid intense, et en migration.
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Les recensements donnent des estimations instantanées d’effectifs alors que notre pays est traversé par des flux migratoires discontinus : des oiseaux arrivent dans notre pays de façon spontanée et de manière intermittente tandis que d’autres en repartent, ces flux étant considérés comme quasi nul autour du 15 janvier, date retenue pour les comptages Wetlands international.
Les recensements donnent donc probablement une vue très partielle des tendances réelles d’évolution de la population française (N) car nous ne savons pas assez précisément quel est le pourcentage d’oiseaux (α ) de la population biogéographique (P) que nous observons et quel est le temps de séjour moyen des oiseaux sur notre territoire (dt). Pour estimer ces paramètres reliant N à P (voir encadré méthode), il conviendrait de compléter les recensements par une approche par capture-marquage-recapture (CMR) telle quelle est employée actuellement sur la sarcelle d’hiver et les fuligules milouin et morillon.
L’approche CMR permet d‘affiner les estimations d’effectifs car elle tient compte implicitement des départs et arrivées d’oiseaux. Pour exemple, nous savons désormais que le nombre de sarcelles d’hiver utilisant des zones humides telles que la Camargue ou l’Estuaire de la Loire est plus de deux fois plus élevé que l’effectif maximum instantané.
Jusqu’à présent, les dénombrements ont été, faute de mieux, le seul outil utilisé pour classer les zones humides, hiérarchiser les priorités de gestion, constituer le socle des conventions et des directives sur la faune sauvage. Les résultats des études CMR fourniront sans aucun doute une compréhension plus complète du statut des espèces et de leurs habitats ainsi que de leur évolution.
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LA DIFFICULTE DES ESTIMATIONS DE TENDANCE DE POPULATIONS D’OISEAUX D’EAU PAR LES COMPTAGES HIVERNAUX
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A la suite d’une campagne des dénombrements hivernaux, on effectue une estimation N, à partir de laquelle on cherche à évaluer le niveau absolu et les tendances d’évolutions de P, la taille de la population après reproduction de l’espèce migratrice considérée.
Pour simplifier N et P sont liés par la relation théorique suivante :
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On peut remplacer cette équation par une équation équivalente en mesurant r, le turn over des hivernants en France : N = α r P
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α est la proportion de la population migratrice qui emprunte un couloir migratoire survolant la France en hiver.
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- De tous les pays européens, la France est par sa situation géographique (immense majorité des sites de nidifications situés plus au Nord, sites d’hivernage nombreux en France et au Sud, façade maritime, confluence de couloirs migratoires) celui qui voit passer la plus forte proportion α des populations d’oiseaux migrateurs paléarctiques.
- Mais α est très inférieur à 1 et peut fluctuer suivant les espèces, et pour une même espèce d’une année à l’autre en fonction d’aléas climatiques (vagues de froid, hivers cléments) ou de changements s’inscrivant dans des tendances à long terme (réchauffement climatique, modification des habitats humides et de leur répartition).
- Cependant, une valeur élevée de α pour la France, minimise le poids de ces différentes causes de variations dans l’interprétation des variations importantes de N.
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dt est le temps de séjour moyen en France pendant la période de comptage des oiseaux passant en migration.
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- Pour les espèces hivernant en France, dt est élevé. Cependant les résultats des travaux de CAIZERGUES et GUILLEMAIN (2007, sous presse) en Camargue et dans l’Estuaire Loire concluent à un temps de séjour de l’ordre du tiers de la saison hivernale.
- dt varie au long de l’hiver : il est plus élevé en Janvier qu’en Novembre.
- dt peut varier énormément sous l’effet de facteurs environnementaux propres à la France ou aux pays voisins.
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T est la durée de la migration
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- Si la migration était un phénomène continu, P/T représenterait le flux migratoire instantané
- Pour beaucoup d’espèces, la migration se déroule par vagues successives, tout au long de l’automne/hiver (y compris vagues de froid).
- Pour d’autres espèces (certains Limicoles) le pic migratoire est bref en France et un comptage hivernal répété à court intervalle pendant cette période d’une durée limitée peut donner des estimations très intéressantes (voir Courlis courlieu).
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Il est donc très difficile d’établir une relation numérique entre N et P, à cause du caractère discontinu du flux, et faute de pouvoir disposer d’une estimation correcte d’ α et de dt. |
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