ACTIONS DES CHASSEURS SUR LES HABITATS

De nombreux articles, émissions nous alertent sur la disparition de certaines espèces, elles sont classées en plusieurs catégories : espèces en danger, en voie de disparition, menacées… Mais que cela signifie-t-il à notre échelle ? Pouvons-nous agir concrètement et efficacement avec nos moyens ?

Quelque soit l'espèce, sa population suit une dynamique en fonction de sa reproduction et de sa mortalité. A premières vues, on comprend aisément que cette dynamique est dépendante notamment des prélèvements qui peuvent être opérés sur la population par la prédation, la chasse d'où le suivi des prélèvements.

Ces deux facteurs, reproduction et mortalité sont directement liés au milieu dans lequel vit l'espèce car elle doit y retrouver des conditions favorables pour s'abriter, se nourrir, se reproduire, abriter et protéger sa progéniture. Ces conditions sont optimales en un lieu qui va alors constituer l'habitat de l'espèce.

Les habitats de la faune sauvage en France

L'habitat d'une espèce c'est donc le lieu de vie de cette espèce, on le caractérise souvent par sa végétation : prairie humide, bois, parcelle cultivée, …

  • Garrigue (en milieu méditerranéen) : formation végétale ouverte sur sol calcaire composée de chênes verts, de buissons et de plantes herbacées aromatiques (thym, romarin…)
  • Maquis (en milieu méditerranéen) : formation végétale ouverte sur sol siliceux composée de hauts buissons (arbousier, de bruyère) Ces formations abritent les grands mammifères et principalement le sanglier, selon le degré de fermeture du milieu on peut y observer la petite faune : perdrix, lapin…sans oublier les nombreux oiseaux
  • Zone humide : zone terrestre inondable, marais, tourbières, étangs, estuaire… C'est une zone productive de poissons, régulatrice des niveaux d'eau, extrêmement riche du point de vue de la faune et de la flore car elle apporte nourriture et refuge
  • Tourbière : zone marécageuse où la végétation se décompose et s'enfonce pour former de la tourbe
  • Roselière : végétation composée de roseaux en bord d'étang et de cours d'eau. Elle abrite les nids de nombreux oiseaux aquatiques, c'est également le milieu de vie des amphibiens et de nombreux insectes
  • Forêt : grande étendue de terrain couverte d'arbres. En France les forêts sont exploitées pour la production de bois à diverses destinations. Différents types de conduites sont possibles suivant l'exploitation : futaie, taillis. Chaque strate : sous bois, arbustive, haute tige accueille un cortège d'espèces très varié : petits et grands mammifères, très nombreux oiseaux et insectes
  • Futaie : forêt provenant de semis ou de plantations pour la production d'arbres de grande hauteur
  • Taillis : bois ou forêt que l'on coupe à des intervalles rapprochés constitués d'arbres de petite dimension qui poussent en bouquet
  • Plaine céréalière : grande étendue de terres cultivées présentant de grandes parcelles et où les talus et haies ont quasi disparu. La perte de diversité causée par cette homogénéisation du milieu a considérablement diminué l'intérêt de cet habitat pour la faune (perdrix, lièvre, passereaux…)
  • Bocage : étendue de champs séparés par des talus plantés de haies. Cette diversité est favorable à la faune

Gérer une espèce, c'est donc à la fois suivre et réglementer si nécessaire les prélèvements effectués sur les populations mais aussi faire en sorte que l'espèce dispose de son habitat.

Sous bois à l'automne, FDC Haute-Marne

La société du vingtième siècle, par ses activités de production, de construction ou de loisirs exerce une pression de plus en plus forte sur les milieux naturels. Ceux-ci disparaissent ou sont transformés et la nature devient parfois moins accueillante qu'autrefois pour la faune sauvage, même si celle-ci est encore souvent abondante dans notre pays. Parfois, à l'inverse, c'est l'abandon de toute activité humaine, notamment agricole (déprise agricole), qui peut conduire à une évolution des milieux : on assiste alors à une fermeture du milieu par la garrigue, le maquis ou la forêt, ce qui peut être défavorable à certaines espèces particulièrement inféodées aux écosystèmes agricoles.

Paysage d'étang, FDC haute-Marne

En 2004, les terres agricoles représentaient 53 % du territoire français soit 29,2 millions d'hectares, les bois et forêts près de 30 %, les zones humides s'étendent sur 1 million d'hectares. Les espaces naturels présentant une couverture végétale étant les principaux habitats de la faune, celle-ci dispose à minima de 46 millions d'hectares. Si nul ne peut gérer et entretenir une telle superficie, des actions locales ciblées permettent de restaurer ou de maintenir des espaces et les habitats qu'ils constituent.


Vue aérienne de bocage, FDC Côtes d'Armor

La diversité de la chasse française fait qu'elle se pratique dans tous les types de milieux naturels : milieu agricole de cultures et d'élevage, zones humides, milieu forestier, montagne, milieu méditerranéen. Conscient de l'importance des habitats pour les espèces, les chasseurs se sont toujours préoccupés des milieux en évolution défavorable pour la faune. A toutes les échelles d'organisation de la chasse : territoire d'une équipe de chasse, commune, canton, département, région ou territoire national, ils se sont organisés pour structurer leurs actions et les développer.

Aménager les milieux agricoles pour allier production et faunes sauvages

Lièvre, lapin, perdrix, faisan, alouette, caille, pigeon, tourterelle, grive
Dans leurs démarches, les chasseurs se sont préoccupés du territoire agricole en proposant aux agriculteurs de l'aménager pour concilier développement agricole et biodiversité.

La plaine céréalière :
Suite à l'intensification de l'agriculture, les exploitations agricoles se sont spécialisées, les cultures uniformisées, les éléments fixes (haies, talus chemins) ont été arasés pour agrandir les parcelles. La diversité de couverts offerts aux espèces a nettement diminué, l'objectif est alors de recréer cette diversité, plusieurs actions doivent être menées : implantation de couverts favorables à la faune, plantation de haies, entretien des chemins…

Vue aérienne de grandes cultures,
FRC Poitou-Charente, N. Rainard


Un outil créé par les chasseurs : la jachère environnement faune sauvage

Jachère faune sauvage, UNFDC

En 1993, l'UNFDC (Union Nationale des Fédérations Départementales des Chasseurs) et l'ONC (Office National de la Chasse) proposaient au Ministère de l'Agriculture une adaptation des jachères issues de la réglementation de la Politique Agricole Commune (PAC) afin de donner à ces parcelles un intérêt environnemental en faveur de la biodiversité. Se créaient ainsi les jachères environnement faune sauvage (JEFS). Sur les terres non cultivées vont alors pouvoir être semés des couverts variés intéressants pour l'ensemble de la faune : plantes fourragères ou mélanges de céréales sans vocation de récolte. Ils apportent à la fois refuge et nourriture ; la technique culturale est primordiale : date et densité de semis, absence de broyage. Plusieurs études ont mis en évidence l'efficacité de ces jachères environnement faune sauvage.

Conscient de l'intérêt faunistique mais bien entendu également agronomique de ce type de jachère, les agriculteurs sont rentrés dans le partenariat dès la première année. En 2005, le bilan national dénombre plus de 30 000 ha implantés par plus de 10 000 agriculteurs, répartis sur l'ensemble du territoire national. C'est aujourd'hui encore le seul outil dérogatoire à la PAC en faveur de la biodiversité, d'une telle ampleur, mis en œuvre par le monde associatif. Ces parcelles restent éligibles aux aides PAC comme toute autre jachère.

Si certes, les agriculteurs ont apporté leur pierre à cet édifice, il est certain que l'implantation de ces jachères environnement faune sauvage engendre quelque coût supplémentaire notamment en matière de semences. C'est pourquoi les chasseurs ont accepté de prendre en charge une partie des frais. Ils déboursent ainsi plus de 1,6 millions d'euros. Devant une telle motivation des acteurs de terrain, devant la démonstration de l'efficacité de ces jachères, dans la plupart des régions les conseils régionaux ont aidé les fédérations à développer cet outil.

Hors de la réglementation PAC ou des exploitations agricoles, d'autres parcelles de terrain en friche ont été implanté de la même façon avec l'accord de propriétaires. Ceci concerne plus particulièrement les régions du Sud de la France où les superficies de jachères sont faibles selon le type de cultures.

Les pouvoirs publics, conscients de l'intérêt de cet outil, ont repris ce principe pour le proposer aux agriculteurs dans le cadre des mesures agro-environnementales aidées par l'Europe : l'agriculteur s'engage sur un cahier des charges pour une durée de 5 ans, en contrepartie de quoi il reçoit une aide financière de l'Europe.

La plantation de nouvelles haies :
Les intérêts agronomiques des haies sont multiples : protection contre le vent, refuge des insectes auxiliaires des cultures, lutte contre l'érosion du sol et le ruissellement de l'eau. L'intérêt en faveur de la biodiversité ne concerne pas que les chasseurs : les passereaux ou autres oiseaux sont très friands des baies que leur offrent les arbres des haies. Dès les années 1980 les chasseurs se sont mobilisés pour réimplanter des haies sur leur territoire, en 1995 l'opération Sainte Catherine coordonnée par l'Union Nationale des Fédérations Départementales des Chasseurs mettait en évidence ces actions. Aujourd'hui nous comptons plus de 2 000 km de haies implantées avec l'aide et le soutien financier des Fédérations Départementales des Chasseurs. Les personnels des Fédérations conseillent et suivent les agriculteurs et les chasseurs pour ces actions.


Je suis agriculteur, soucieux de la faune, que puis-je faire ?

Travaux agricoles, R. Hargues

  • essayer de varier les cultures voisines sur votre parcellaire
  • essayer de limiter la taille de parcelles
  • implanter des jachères faune sauvage au milieu d'un ilot de culture ou d'herbe
  • laisser une petite bande enherbée (légumineuses) en bord de chemins, entre parcelle, à côté d'une haie
  • maintenir et entretenir les haies
  • ne pas broyer les jachères du 15 avril au 15 juillet,
    période la plus critique
  • faire attention aux pratiques de fauche et de moisson

Les zones herbagères

Paysage de bocage, FDC Côtes d'Armor

En zone herbagère, là encore la spécialisation des exploitations a conduit à une homogénéisation des paysages lorsque le système polyculture-élevage a disparu. Il est alors bon d'implanter des couverts de céréales pour apporter de la nourriture diversifiée. Les pratiques de fauche sont très importantes, car la période de fauche correspond à la période de nidifications et de mises bas. Des campagnes de communication sont réalisées à l'intention des agriculteurs afin de prendre les dispositions nécessaires : barre d'envol devant les machines, vitesse ralentie, fauche du centre de la parcelle vers la périphérie vers l'extérieur pour laisser la possibilité à la faune de s'enfuir.

Les haies existantes sont bien souvent en sursis ou entretenues de façon trop rase ce qui enlève leur intérêt. Dans de nombreuses régions, les chasseurs ont mis en place un programme d'actions pour un entretien des haies compatible avec l'intérêt écologique de la haie.

La montagne et le milieu méditerranéen

Lièvre variable, perdrix grise de montagne, perdrix bartavelle, tétras-lyre

Causses du Quercy, FDC Lot E. Pujol

Le retrait des cultures en zone de montagne puis progressivement des élevages, les arrachages de vigne, laissent des terres non entretenues. On assiste alors à une fermeture du milieu par reprise du maquis, de la garrigue ou de la forêt. Les chasseurs là encore se mobilisent pour agir directement par débroussaillage, implantions de cultures ou avec les agriculteurs pour maintenir des élevages.




Bande enherbée inter-rang
dans une vigne,
FDC Lot, E. pujol

Je suis viticulteur dans les Pyrénées-Orientales, soucieux de la faune, que puis-je faire ?
  • implanter une couverture végétale entre les rangs de vigne (mélanges de fourragères, céréales, fleurs…)
  • limiter la fermeture du milieu par l'implantation d'ilots de céréales rustiques (blé, seigle, triticale…)
  • ouvrir dans la garrigue des allées, des clairières (qui seront également des coupe-feu)
  • reporter le pâturage dans les zones de nidification du tétras

Jachères fleuries

En 1996 la Fédération Départementale du Loir-et-Cher lançait "les jachères fleuries" : les chasseurs et les agriculteurs fleurissaient la campagne en semant des champs de fleurs. En 2004 la Fédération Nationale des Chasseurs relayait cela par une grande campagne de communication nationale, notamment en distribuant des graines au salon de l'Agriculture. Soutenues par les collectivités locales : conseils régionaux, généraux, pays, communautés de communes…les parcelles de fleurs…fleurissent et embellissent la France. Outre leur intérêt paysager, elles présentent aussi un intérêt pour les insectes et plus particulièrement les abeilles et les papillons.

Jachère fleurie, R. Hargues

Restaurer et préserver les zones humides

Les zones humides représentent 1,7 % du territoire national, elles sont constituées pour les deux tiers par les prairies humides qui représentaient en 1986 1 millions d'ha. La perte de ces zones humides est estimée à 10 000 ha par an suite à l'intensification de l'agriculture, aux modifications du régime de eaux …Ces zones concentrent plusieurs enjeux pas toujours aisément conciliables : agriculture, pression foncière, écologie, utilisation de l'espace pour les loisirs…. Ces zones humides sont d'une importance capitale pour les oiseaux d'eau car elles constituent des zones de nidification et de gagnage, il faut donc les préserver. Les 100 000 chasseurs de gibier d'eau se sont toujours impliqués dans cette problématique et agissent de façon importante sur le terrain.

Oies bernaches, FDC Vendée

Une enquête a été menée par la Fédération Nationale des Chasseurs sur les actions coordonnées par les Fédérations Départementales sur ce point en 2002 et a débouché sur la création d'une base de données nationale FEDO. Ainsi il a été recensé une centaine de sites sur lesquels sont menées des actions concrètes de gestion et de préservation ce qui correspond à plus de 71 000 ha. 21 actions correspondent à l'aménagement de zones de nidification pour l'avifaune, 26 à des créations et restauration de mares et d'étangs, 29 à l'entretien des formations végétales, 20 à la gestion des niveaux d'eau, on note également la restauration de marais asséchés (à un site correspond plusieurs actions). La plupart de ces opérations ont une vocation écologique mais également pédagogique, les sites sont ouverts au public. Outre ces actions recensées, les chasseurs locaux agissent également sur leur territoire pour la préservation des marais, des étangs.


Je suis propriétaire d'un étang, soucieux de la faune, que puis-je faire pour le rendre intéressant pour la faune ?

Zone humide dans les Landes, R. Hargues

  • le contour de la rive doit être le plus sinueux possible
  • la pente doit être la plus faible possible
  • la profondeur ne doit pas dépasser 2 m sauf pour les étangs > 80 ha
  • laisser des petits ilots au milieu
  • ouvrir quelques chenaux
    et clairières dans les grandes roselières
  • maintenir une hauteur d'eau de 0 à 40 cm dans les prairies humides
  • conserver une végétation basse par pâturage extensif

Les chasseurs nettoient et entretiennent l'espace

Chaque chasseur est un passionné de nature, que ce soit sur son territoire ou sur les zones publiques, il participe à des actions citoyennes d'intérêt général. De nombreuses sociétés de chasse au gibier d'eau nettoient les berges de rivières, les marais, les chasseurs des bois entretiennent les chemins et les lignes en forêt. Des opérations de grande ampleur peuvent être menées telles que le déblaiement de 60 kilomètres de chemins forestiers après la tempête de 99 en Charente-Maritime, le nettoyage de printemps en Lozère….