Les travaux en cours visent à valoriser les données issues de 7 radars acquis par les Fédérations des Chasseurs et leurs partenaires au cours des dernières années. La première phase du projet a permis la mise en place d’une base de données nationale, ainsi que d’un site web de consultation des données, tout public.

Nouvelle technologie de suivi de l’avifaune migratrice

Différentes méthodes d’analyse de l’avifaune migratrice ont été développées au fil des années : observations visuelles, bioacoustiques, balises, baguages… Ces méthodes, bien qu’éprouvées, présentent certaines limites (observation de nuit, exhaustivité et disponibilité des données…).

La technologie des radars ornithologiques présente de nombreux avantages : fonctionnement continu de jour comme de nuit, rayon et altitude de détection importants. De plus, les observations sont standardisées et non biaisées par l’œil humain. L’implication primordiale des Fédérations des Chasseurs dans l’émergence de cette technologie a permis la collecte de grandes quantités de données.

Les données des radars ornithologiques des Fédérations des Chasseurs sont issues d’un protocole standardisé et d’une technologie développée spécifiquement pour le suivi des oiseaux migrateurs. À ce système est associé un algorithme d’intelligence artificielle permettant de classifier automatiquement les signaux radars selon différentes typologies d’oiseaux. Au cours de l’année 2022, la première étape de centralisation de ces données a permis l’émergence d’une base de données unique pour les 7 radars. Auparavant sous-traité, la FNC a internalisé le traitement des données mais s’est aussi dotée de moyens humains avec le recrutement d’un datascientist pour les aspects informatiques et le traitement des données mais aussi d’une chargée de mission à mi-temps pour les aspects logistiques et d’animation du programme.

Une base de données unique

En décembre 2022, plus de 22 millions de signaux exploitables sont disponibles.

À partir de cette année, l’ensemble des données produites par les radars ornithologiques est centralisé dans une base de données unique au sein de la FNC. Ces données comprennent l’ensemble des signaux d’intérêt détectés par les différents radars, leurs caractéristiques (horodatage, altitude, direction…) et la classification proposée par l’algorithme d’intelligence artificielle. A l’heure actuelle, plus de 22 millions de signaux exploitables sont disponibles.

Cette base de données est alimentée quotidiennement par les signaux détectés la veille et chargés sur un cloud dédié. En outre, les données complètes sont récupérées et importées à l’issue de chaque campagne de détection.

Visualiser les données avec le site Web AéroRad

Un objectif majeur du projet éco-contribution est la mise à disposition publique des données issues des radars, en direction de la communauté scientifique. Cet engagement s’est traduit par le développement au cours de l’année 2022 d’un site web, nommée « AéroRad », de visualisation des données.

Ce site propose plusieurs graphiques permettant de suivre l’évolution des flux migratoires au cours des décades sur chaque localisation successive des radars. Il est ainsi possible d’étudier les heures préférentielles de vol, l’altitude et la direction pour l’ensemble des individus détectés mais également par catégorie telle que classifiées par l’intelligence artificielle.

En naviguant sur  le site web, vous pourrez sélectionner les données qui vous intéressent (radar, localisation, catégories d’animaux). Vous pourrez alors observer que les migrations sont très fluctuantes dans le temps. Des jours connaissent des passages migratoires importants, et peuvent chuter brusquement. Par exemple, dans la nuit du 7 au 8 octobre 2021, on estime que près de 200 000 oiseaux ont migré sur un km de front au-dessus du radar situé dans la trouée de Belfort. En sélectionnant les décades (10 jours), les directions de vol font apparaître les départs et arrivées lors des migrations automnales et printanières. Les migrations se font essentiellement la nuit et échappent à l’observation directe classique. Les migrations se font haut dans le ciel, de plusieurs centaines à plus d’un millier de mètres d’altitude.

Les pistes de Recherche et Développement

La FNC a d’ores et déjà lancé les prochaines étapes du projet, à travers une nouvelle version du projet Eco-contribution.

Un tamis taxonomique plus fin

Le premier objectif est d’améliorer la précision taxonomique de la classification des oiseaux détectés. L’acquisition d’une caméra 4K « BirdCam », fabriquée par Swiss BirdRadar AG, permettra de collecter des données pour l’amélioration de la classification des signaux détectés dans des catégories d’espèces, au nombre de sept actuellement.

Ce système associe l’échosignature caractérisé par le type de vol (fréquence de battements des ailes, taille …) à des images des animaux correspondants prises par la caméra. Les images à haute résolution jusqu’à 800 mètres d’altitude seront ensuite examinées par un ornithologue pour en reconnaître l’espèce. Ces données ainsi « labellisées » alimentent ensuite une base d’entrainement pour l’algorithme d’intelligence artificielle qui s’améliore au fur et à mesure que lui sont présentées de nouvelles données le rendant ainsi plus précis.

Vers une « météo des oiseaux »

Bien que positionnés sur des voies migratoires importantes, les radars ne représentent que 7 points et ne peuvent rendre compte des mouvements migratoires sur le territoire national. Afin d’élargir la couverture spatiale du suivi par la technologie radar, le croisement avec les radars météorologiques est une piste intéressante.

Un partenariat avec le Laboratoire Atmosphères, Observations Spatiales (LATMOS) de l’Université de Versailles est en cours de construction afin de coupler les données des radars ornithologiques à celles de Météo France. L’objectif de ce partenariat est d’étudier la possibilité de produire des données quantitatives sur des régions étendues autour des radars ornithologiques, en croisant les données de classification des espèces aux données des radars météorologiques. En effet, leur spectre de plusieurs kilomètres couplé avec les données qualitatives des radar ornithologiques permettrait de suivre la présence d’oiseaux à l’échelle régionale voire plus largement.

Les radars ornithologiques détectent aussi les chauves-souris et les insectes ! Une convention a été signée avec le laboratoire de Vogelwarte pour un projet de suivi des insectes baptisé MoveInEurope.
  • 198 348

    oiseaux estimés dans la nuit du 7 au 8 octobre 2021 dans la trouée de Belfort : un record !

  • 90%

    des signaux pour les oiseaux d'eau sont détectés la nuit

  • 50%

    des signaux détectés pour les passereaux se situent au-dessus de 400m