La biodiversité mondiale : enjeux, dynamiques et perspectives d’action
Elle régule les grands équilibres biochimiques, soutient les cycles hydrologiques et climatiques, et conditionne la sécurité alimentaire, la santé humaine et la stabilité économique. Pourtant, cette biodiversité connaît une érosion d’une rapidité inédite, largement liée aux activités humaines : artificialisation des milieux, surexploitation, pollutions multiples, introductions d’espèces exotiques envahissantes et changement climatique.
Face à cette crise, les réponses s’organisent à différentes échelles : internationale, nationale (lois climat et biodiversité), mais aussi locale, par la mobilisation d’acteurs de terrain. Parmi eux, les chasseurs jouent un rôle croissant, non seulement dans la gestion des espèces, mais aussi dans la restauration des habitats, la préservation des continuités écologiques et la sensibilisation du grand public à la nature. Ces contributions, longtemps méconnues, s’inscrivent dans une approche de « conservation par l’usage », conciliant activité humaine et maintien du vivant.
L’état global de la biodiversité : contrastes et tendances
1. Des foyers de richesse inégalement répartis
La biodiversité se concentre dans quelques grands foyers : forêts tropicales, récifs coralliens, zones humides et îles océaniques. Ces régions, souvent qualifiées de « points chauds », allient richesse spécifique, un grand nombre d’espèces uniques dans une zone et pressions humaines intenses. À l’inverse, les zones tempérées et boréales présentent une diversité plus faible, mais hébergent des écosystèmes fonctionnels essentiels (forêts boréales, toundras, zones humides d’importance migratoire).
2. Déclin global et hétérogène
On estime à plus de 69% la baisse moyenne des populations vertébrées sauvages entre 1970 et 2020. Les déclins les plus rapides concernent les amphibiens et les poissons d’eau douce, tandis que les oiseaux et les mammifères généralistes résistent mieux. Ces tendances révèlent une érosion du tissu vivant planétaire, amplifiée par la fragmentation des habitats et la disparition des paysages intermédiaires.
3. Focus régionaux
Les tropiques concentrent à la fois richesse biologique et vulnérabilité socio-économique :
- Amazonie : déforestation liée à l’élevage et au soja, menace d’un basculement vers une savane dégradée ;
- Bassin du Congo : coupes forestières, routes, exploitation minière ;
- Asie du Sud-Est : perte accélérée des forêts à arbres tropicales et des mangroves ;
- Europe : fragmentation des paysages agricoles, déclin des insectes pollinisateurs ;
Arctique : fonte des glaces, décalages phénologiques, perturbation des réseaux trophiques.
Les moteurs de l’érosion du vivant
1. Changement d’usage des terres et des mers
La conversion des forêts, des zones humides et des prairies naturelles reste le principal moteur d’érosion. En Europe, plus de 70% des milieux naturels ont été transformés depuis 1950.
2. Surexploitation et déséquilibres trophiques
La surexploitation des ressources biologiques peut conduire à l’effondrement d’espèces si elle n’est pas régulée. Pourtant, des modèles de gestion durable démontrent qu’un usage raisonné peut devenir un levier de conservation.
Ainsi, la pratique de la chasse en Europe appliquent des quotas adaptatifs, des suivis scientifiques et des plans de chasse garantissant le maintien des populations. Dans plusieurs pays africains comme en Namibie, le dispositif des « conservancies » communautaires (créé à partir de 1996) est un exemple emblématique. L’État a accordé à plus de 80 communautés rurales des droits légaux de gestion et de commercialisation de la faune sur leur territoire. Ces « conservancies » signent des accords de chasse encadrée avec des opérateurs agréés, dans le respect de quotas fixés scientifiquement par le ministère de l’Environnement. Les revenus générés servent à financer :
- la surveillance anti-braconnage (rémunération de gardes communautaires formés et équipés) ;
- la rénovation des points d’eau et la restauration d’habitats dégradés (lutte contre le surpâturage, replantation d’espèces autochtones) ;
- des infrastructures sociales locales (écoles, dispensaires, puits) ;
- des indemnisations en cas de dégâts causés par la faune (éléphants, lions, hippopotames).
Ce modèle montre que la chasse encadrée, lorsqu’elle est strictement régulée, participative et adossée à des quotas scientifiques, peut constituer un outil de financement durable de la conservation.
3. Pollutions et climat
Les pollutions diffuses, combinées au réchauffement global, modifient les cycles biologiques ; l’eutrophisation (multiplications d’algues) entraîne la disparition des herbiers et des récifs, tandis que la hausse des températures provoque des déplacements d’espèces et des crises d’adaptation.
4. Espèces envahissantes et pathogènes
Le commerce mondial multiplie les introductions accidentelles. Les chasseurs, gestionnaires de terrain, sont souvent les premiers observateurs de ces déséquilibres (ex. signalement précoce du ragondin, du vison américain ou du frelon asiatique en France).
Conséquences écologiques et sociétales
1. Altération des fonctions écologiques
La perte d’espèces réduit la résilience des écosystèmes : pollinisation, régulation des eaux, fertilité des sols. Les chasseurs contribuent, par la gestion adaptative des populations de gibier, à restaurer certaines fonctions : maintien des milieux ouverts, régénération forestière contrôlée, entretien des zones humides et prairies de nidification.
2. Impact sur les sociétés humaines
Les atteintes à la biodiversité fragilisent la sécurité alimentaire et hydrique. À l’échelle locale, de nombreuses fédérations de chasseurs s’engagent dans des actions de restauration écologique qui bénéficient aussi aux agriculteurs : restauration de haies, mares, bandes enherbées, corridors écologiques. Ces dispositifs — souvent cofinancés par l’écocontribution issue du monde de la chasse — représentent une réponse de terrain à la crise écologique.
Réponses globales et contributions cynégétiques
1. Aires protégées, OECM (autres mesures de conservation efficaces par zone) et gestion des territoires
L’expansion des aires protégées (terrestres et marines) reste essentielle, mais leur efficacité dépend de la gestion locale. Les chasseurs sont des partenaires de cette gestion :
- participation à la surveillance de zones humides
- suivi des oiseaux migrateurs via des comptages scientifiques ;
- participation à la restauration de mares et roselières pour les espèces d’eau douce.
En France, le programme Ékosentia porté par la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) illustre cette approche territoriale : plus de 170 projets de corridors écologiques ont été validés par l’OFB depuis 2022, mobilisant plus de 13 millions d’euros de financement écologique.
2. Restauration écologique et gestion adaptative
Les fédérations départementales des chasseurs réalisent chaque année plusieurs milliers de projets de restauration de zones humides, replantation de haies, et renaturation de berges. Ces actions participent au réseau national de la Trame verte et bleue et contribuent aux objectifs européens de connectivité écologique.
L’opération « J’aime la nature propre », par exemple, mobilise plus de 200 000 bénévoles chaque année pour le ramassage des déchets dans les espaces naturels, illustrant l’engagement citoyen du monde cynégétique au service de la biodiversité.
En parallèle, des dispositifs tels que Agrifaune réunissent chasseurs, agriculteurs et naturalistes pour restaurer la biodiversité ordinaire des milieux agricoles, en conciliant production et conservation. La création de couverts faunistiques ou de jachères fleuries favorise insectes pollinisateurs, petits mammifères et oiseaux de plaine.
3. Gestion durable du gibier et suivi scientifique
Les chasseurs contribuent à la production de données scientifiques sur la faune sauvage :
- via le système ChassAdapt, qui permet de suivre en temps réel les prélèvements de certaines espèces ;
- via les indices ICE (Indice de Changement Écologique), qui renseignent sur la dynamique des espèces communes
4. Financements écologiques
L’écocontribution instaurée en 2020 constitue une innovation : elle oriente chaque année plusieurs millions d’euros du monde de la chasse vers des projets de biodiversité validés par l’OFB. Ces fonds servent à restaurer des zones humides, préserver les pollinisateurs, améliorer la connectivité forestière, et accompagner les espèces en déclin.
5. Gouvernance et partenariats
Les politiques de conservation évoluent vers une gouvernance partagée : collectivités, agriculteurs, forestiers, chasseurs, associations naturalistes, scientifiques. Les fédérations des chasseurs sont aujourd’hui intégrées à de nombreuses commissions environnementales régionales, et collaborent avec les agences de l’eau, les parcs naturels régionaux, et les programmes Natura 2000.
Ainsi, la conservation cesse d’être une approche de séparation (« mettre sous cloche ») pour devenir une conservation d’usage, mobilisant les acteurs de terrain autour de bénéfices écologiques communs.
Perspectives et transformations à horizon 2030–2050
1. Atteindre les objectifs « 30×30 » avec des acteurs enracinés
Les ambitions internationales (protéger 30% des terres et des mers d’ici 2030) exigent des relais locaux. Les chasseurs disposent d’un maillage territorial unique : 925 000 pratiquants, plusieurs milliers d’associations communales, des réseaux de suivi et de gestion qui couvrent l’ensemble du territoire rural français. Leur implication dans les trames écologiques, les zones tampons et la surveillance des populations constitue un atout stratégique pour atteindre ces objectifs.
2. Restaurer la nature par les usages
La « restauration passive » ne suffit pas : il faut des usages régulés qui maintiennent les paysages ouverts et diversifiés. Dans de nombreux territoires, les chasseurs entretiennent des zones humides de chasse, des landes, des prairies inondables, qui servent de refuges à une grande variété d’espèces non chassées : limicoles, anatidés, amphibiens, libellules, orchidées. Cette cohabitation entre usage et conservation illustre une forme d’équilibre écologique.
3. Synergies climat-biodiversité
Les programmes cynégétiques contribuent également à la lutte contre le changement climatique :
- reboisements diversifiés pour les corridors forestiers ;
- protection des zones humides (stockage de carbone et régulation hydrique) ;
- suivi du cycle de vie des espèces migratrices pour détecter les effets du réchauffement.
Ces initiatives locales complètent les stratégies d’adaptation fondées sur la nature.
La biodiversité mondiale se trouve à un tournant historique : la décennie 2020–2030 décidera de la trajectoire écologique de la planète. Pour inverser la courbe du déclin, il faut dépasser la logique de protection « contre » pour construire une conservation « avec » : avec les agriculteurs, les forestiers, les pêcheurs, et les chasseurs, qui occupent et entretiennent les territoires.
Ainsi, les chasseurs apparaissent comme des sentinelles et des acteurs de la biodiversité ordinaire, ancrés dans les territoires. Leur contribution complète les politiques publiques et les démarches scientifiques pour construire une écologie de la responsabilité partagée.
Préserver la biodiversité mondiale suppose d’unir science, gouvernance et pratiques de terrain. Dans ce cadre, la chasse durable devient un outil contemporain de reconquête écologique, où l’usage du vivant nourrit sa protection.
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