Au cours des dernières décennies, la planète a connu une intensification sans précédent de la pression exercée sur ses ressources naturelles. Forêts, océans, sols, eau douce et biodiversité sont sollicités à un rythme supérieur à leur capacité de régénération. Cette tendance est désormais bien documentée par la communauté scientifique. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’humanité dépasse aujourd’hui de manière structurelle plusieurs limites planétaires, mettant en péril la stabilité des écosystèmes dont dépend sa propre survie.

La surexploitation et l’épuisement des ressources ne se traduisent pas seulement par la raréfaction de matières premières, mais par un effondrement plus insidieux : celui de la biodiversité. L’IPBES, équivalent du GIEC pour la biodiversité, rappelle qu’un million d’espèces sont menacées d’extinction. La perte de diversité biologique n’est pas une conséquence secondaire de la surexploitation : elle en est à la fois le symptôme et l’accélérateur, affaiblissant la capacité des écosystèmes à se régénérer.

Pourtant, face à ce constat global, de nombreuses initiatives locales émergent pour rétablir un équilibre entre usage et conservation.

Comprendre la surexploitation et l’épuisement des ressources naturelles

Il faudrait 1,7 planètes pour subvenir aux besoins actuels de l’humanité.

La surexploitation désigne une utilisation des ressources naturelles à un rythme excédant leur capacité de renouvellement. Cette situation concerne aussi bien les ressources non renouvelables (minéraux, hydrocarbures) que celles qui, bien que théoriquement renouvelables (forêts, poissons, sols, eau douce), deviennent non durables lorsqu’elles sont exploitées trop intensément. L’empreinte écologique mondiale dépasse aujourd’hui de 70% la biocapacité de la Terre : il faudrait 1,7 planète pour subvenir aux besoins actuels de l’humanité.

L’épuisement des ressources résulte d’un déséquilibre systémique entre les cycles naturels et les flux  d’origine humaine. Les activités humaines perturbent les grands cycles biochimiques — carbone, azote, phosphore, eau —, entraînant une perte d’équilibre écologique et une dégradation accélérée des milieux. Cette dynamique est renforcée par l’urbanisation, l’artificialisation des sols et l’intensification des échanges mondiaux.

L’IPBES classe la surexploitation parmi les 5 moteurs majeurs de l’érosion de la biodiversité, aux côtés du changement d’usage des terres, du changement climatique, des pollutions et des espèces exotiques envahissantes. Elle agit de manière cumulative : en épuisant les ressources, elle fragilise les écosystèmes, qui deviennent plus vulnérables aux autres pressions.

En France comme ailleurs, cette situation interroge profondément le rapport de l’homme à la nature. Comment concilier les besoins matériels des sociétés humaines avec la préservation des équilibres écologiques ? Cette question trouve une résonance particulière dans les milieux ruraux, où les chasseurs, gestionnaires de territoires et observateurs du vivant, sont confrontés au quotidien à la dégradation des habitats et à la raréfaction des espèces.

Les causes de la surexploitation : pressions humaines et dérives du modèle productiviste

1. Un modèle économique fondé sur la croissance et la consommation

La principale cause de la surexploitation tient à la logique d’expansion continue qui structure les économies modernes. La croissance démographique, conjuguée à l’augmentation du niveau de vie, conduit à une demande exponentielle en matières premières, en nourriture et en énergie. La FAO estime que la demande alimentaire mondiale pourrait augmenter de 50% d’ici 2050, alors même que les terres arables disponibles se raréfient et que les sols se dégradent.

Ce modèle productiviste s’appuie sur une logique intensive.

2. Les effets de la mondialisation et de la transition énergétique

La mondialisation a amplifié la dissociation entre lieux de consommation et lieux de production. L’empreinte écologique des pays développés repose en grande partie sur l’exploitation des ressources des pays du Sud. Soja, huile de palme, minerais stratégiques ou produits de la mer : la délocalisation des pressions environnementales déplace les impacts plutôt qu’elle ne les réduit.

La transition énergétique, pourtant indispensable à la lutte contre le changement climatique, accentue certaines formes de surexploitation. L’extraction du lithium, du cobalt et du nickel, nécessaires aux batteries, mobilise d’immenses quantités d’eau et fragilise des écosystèmes déjà vulnérables.

La chasse, en France, s’inscrit précisément dans cette fonction de régulation écologique.

3. Le déséquilibre écologique lié à la disparition des régulations naturelles

Dans les écosystèmes, les régulations naturelles assurent un équilibre entre les populations : la prédation, la compétition et les cycles saisonniers. L’action humaine a perturbé ces régulations. La disparition des grands prédateurs (loups, lynx, ours) a entraîné la prolifération de certaines espèces d’herbivores (sangliers, cervidés), provoquant localement des déséquilibres forêt-gibier et des dégradations des sols et de la régénération forestière.

La chasse, en France, s’inscrit précisément dans cette fonction de régulation écologique. Encadrée par la loi et par les plans de chasse départementaux, elle vise à maintenir des densités compatibles avec les capacités des milieux. Cette approche permet de conserver la biodiversité.

Les conséquences de la surexploitation sur la biodiversité

1. Dégradation des habitats et fragmentation écologique

L’épuisement des ressources se traduit d’abord par une destruction des habitats. L’exploitation forestière intensive, l’artificialisation des sols ou l’assèchement des zones humides morcellent les milieux naturels, réduisant la connectivité écologique. Cette fragmentation entrave la circulation des espèces et fragilise la résilience des populations.

Les chasseurs se mobilisent activement pour contrer cette tendance à travers le programme Ekosentia, piloté par la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et validé par l’Office français de la biodiversité (OFB). Ce dispositif finance la restauration de corridors écologiques (haies, mares, prairies, roselières, bandes enherbées) dans le cadre de la Trame verte et bleue. En 2024, 172 projets ont été approuvés, représentant 13,69 millions d’euros investis pour reconnecter les paysages et renforcer la biodiversité ordinaire.

Les données collectées par les chasseurs permettent de prévenir les effondrements de populations.

2. Perte de diversité génétique

La surexploitation entraîne une homogénéisation biologique : les espèces généralistes prolifèrent tandis que les spécialistes disparaissent. Cette simplification compromet les fonctions trophiques essentielles — pollinisation, décomposition, régulation des ravageurs. À long terme, la perte de diversité génétique réduit la capacité d’adaptation des écosystèmes au changement climatique.

Les chasseurs contribuent à documenter ces évolutions via les Indices de Changement Écologique (ICE), un programme de suivi scientifique mené avec l’OFB. En observant chaque année les espèces d’oiseaux, de mammifères et de petits gibiers, les chasseurs participent à cette veille qui alimente les politiques publiques de conservation. Ces données, collectées sur le terrain, représentent une source précieuse pour comprendre les dynamiques écologiques et prévenir les effondrements de populations.

3. Altération des services écosystémiques

Les conséquences de la surexploitation ne se limitent pas à la biodiversité visible : elles affectent les services écosystémiques dont dépendent nos sociétés. La perte des pollinisateurs menace la production alimentaire, la déforestation réduit le stockage de carbone, l’érosion des sols diminue la fertilité agricole et la régulation hydrologique. Ces effets en cascade montrent que l’épuisement des ressources est un problème global, social autant qu’écologique.

C’est dans cette logique que les programmes Agrifaune, conduits conjointement par la FNC, l’OFB et les Chambres d’agriculture, cherchent à concilier agriculture et biodiversité. En réintroduisant des éléments paysagers diversifiés – haies, bandes fleuries, cultures faunistiques – ces initiatives restaurent des habitats pour la petite faune.

Vers une gestion durable : les actions des chasseurs pour restaurer la biodiversité

La gestion adaptative associe les chasseurs, les chercheurs et les autorités publiques.

1. La gestion adaptative : une régulation fondée sur la science

La gestion adaptative repose sur un principe clé : ajuster les prélèvements en fonction de l’état réel des populations. Cette méthode scientifique, utilisée en France pour plusieurs espèces migratrices (fuligule milouin, barge à queue noire), associe les chasseurs, les chercheurs et les autorités publiques. Les quotas annuels sont fixés sur la base d’observations de terrain, garantissant un équilibre entre exploitation et conservation.

Cette approche, validée par le Comité d’experts de la gestion adaptative (CEGA), incarne une vision moderne de la chasse :  une gestion raisonnée du vivant, fondée sur la connaissance et la responsabilité.

L'écocontribution traduit une philosophie de responsabilité écologique partagée.

2. L’écocontribution : un financement concret pour la nature

Créée en 2019, l’écocontribution illustre un modèle vertueux de participation environnementale. Chaque chasseur verse une contribution annuelle, dont les fonds, validés par l’OFB, sont exclusivement dédiés à des projets de restauration de la biodiversité : replantation de haies, création de mares, suivi de la faune, sensibilisation. Plus de 1000 projets ont été réalisés, couvrant l’ensemble du territoire français.

Cette démarche fait de la chasse un acteur majeur de la biodiversité. Elle traduit une philosophie de responsabilité écologique partagée : chaque utilisateur de la nature doit contribuer à sa préservation.

3. Des actions collectives au service des territoires

L’opération « J’aime la nature propre », menée chaque année, mobilise des milliers de bénévoles pour le nettoyage des milieux naturels. Les programmes Sensibilis’haie encouragent la plantation de haies bocagères, véritables corridors écologiques dans les communes.

Ces initiatives démontrent que la chasse est un instrument de restauration écologique et de gouvernance locale de la durabilité.

L’humanité se trouve aujourd’hui face à une évidence écologique : les ressources naturelles ne sont pas infinies, et leur surexploitation menace la stabilité même des systèmes vivants. L’épuisement des sols, la déforestation, la surpêche ou la raréfaction de l’eau douce traduisent les dérives d’un modèle économique qui ne respecte pas les rythmes de la nature. Les conséquences sur la biodiversité sont majeures : disparition d’espèces, fragmentation des habitats, effondrement des chaînes alimentaires et altération des services écosystémiques.

Les chasseurs illustrent le fait qu’il est possible de concilier usage raisonné des ressources et préservation du vivant.

Pourtant, l’avenir n’est pas figé. De nombreux acteurs de terrain œuvrent déjà à une gestion plus équilibrée des ressources. En France, les chasseurs ont su transformer leur pratique pour l’inscrire dans une dynamique de durabilité. Par la gestion adaptative, l’écocontribution, les programmes Ekosentia et Agrifaune, ou encore les actions citoyennes comme J’aime la nature propre, ils contribuent concrètement à restaurer la biodiversité, reconnecter les milieux.

La chasse incarne ainsi une éthique renouvelée du rapport à la nature : celle d’un usage raisonné, conscient des limites et respectueux des équilibres. En plaçant la connaissance et la responsabilité au cœur de l’action, les chasseurs démontrent qu’il est possible de concilier usage et préservation, tradition et modernité. Leur engagement illustre une vérité fondamentale : la nature ne se protège pas seulement par l’interdiction, mais par la gestion éclairée de ceux qui la vivent au quotidien.

Les chasseurs illustrent le fait qu’il est possible de concilier usage raisonné des ressources et préservation du vivant.

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