Ouvert par Pascal Sécula (Président délégué de la FNC en charge du dossier forêt) Olivier Thibault (Directeur général de l'OFB), ce colloque de 2026 a marqué une nouvelle étape dans cette collaboration, 11 ans après celui de Chambord. Cet évènement qui a réuni une grande diversité d'acteurs issus des mondes forestier (comme l’ONF et le CNPF), cynégétique (fédérations des chasseurs), scientifique (OFB, IGN et CNRS) et institutionnel (DDT, DRAAF, ministères) a constitué un temps fort de dialogue afin de mieux concilier les politiques publiques liées à la gestion durable des forêts, à la biodiversité et aux activités humaines.

Répondre à l'urgence climatique et écologique en forêt

Couvrant un tiers du territoire national avec 17,6 millions d’hectares, la forêt française est en première ligne face au dérèglement climatique. Elle subit l’enchaînement des sécheresses qui affaiblit les peuplements forestiers, les exposant aux attaques de scolytes et aux incendies, entraînant une hausse de la mortalité des arbres de 125 % en dix ans.

Parallèlement, la pression exercée par les grands ongulés sauvages s’est intensifiée. En quarante ans, leurs effectifs ont fortement augmenté, avec des populations de cerfs multipliées par dix et une aire de répartition triplée en 36 ans. Cette surabondance peut engendrer un déséquilibre limitant le renouvellement des forêts, pourtant essentielles en tant que réservoirs de biodiversité et puits de carbone.

Les ICE : des outils objectifs pour une gestion adaptative

Cela permet d'allier profitabilité économique, sociétale et écologique.

Pour fonder l’action publique sur des données scientifiques et partagées, les acteurs peuvent s’appuyer sur les Indicateurs de Changement Écologique (ICE). Mis en œuvre sur le terrain selon des protocoles rigoureux par les différents acteurs impliqués dans l’ESC (forestiers, cynégétiques, OFB), ces outils étudient les interactions entre le compartiment animal et le compartiment végétal. Ils permettent de suivre l’état d’équilibre biologiques entre les ongulés et leur environnement grâce à 3 familles :

  • L’abondance relative des populations d’ongulés sauvages.
  • La condition physique des animaux étudiés.
  • La pression exercée par ces ongulés sur la flore environnante.

Déjà déployés dans plus de 86 départements français, l’analyse conjointe de ces ICE permet d’adapter les plans de chasse en fonction des objectifs de gestion fixés et des conditions environnementales locales. La concertation entre acteurs est primordiale pour favoriser le consensus et le partage des données, et éviter les conflits d’intérêt en décidant ensemble des orientations de gestion partagées. Cela permet d’atteindre des densités d’ongulés optimales et d’adapter les pratiques sylvicoles pour le développement durable du territoire forestier, alliant profitabilité économique, sociétale et écologique. Une gestion adaptative, fondée sur des observations de terrain et des données scientifiques, partagée entre les acteurs, est donc essentielle pour préserver l’équilibre local entre faune et flore.

L'implication indispensable des acteurs forestiers et cynégétiques

Cela démontre l’importance de l’utilisation d’indicateurs robustes, de la collaboration et du dialogue.

Partenaires historiques depuis le lancement de la démarche lors du premier colloque de 2015, les acteurs forestiers publics, représentés par l’Office National des Forêts (ONF), et privés, via le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF), et les acteurs cynégétiques (fédérations et chasseurs) jouent un rôle central et continu. Sur le terrain, ils appliquent conjointement les protocoles rigoureux des ICE, avec les gestionnaires d’aires protégées dans certaines zones.

Lors de ce colloque, leur expertise technique et scientifique a été largement mobilisée :

  • L’ONF, le CNPF et l’IGN sont intervenus pour dresser le constat de la forêt d’aujourd’hui face au changement climatique et la FNC (via le réseau ongulés sauvages en partenariat avec l’OFB) celui de l’évolution des populations d’ongulés sauvages en France.
  • Ils ont présenté le développement d’outils d’objectivation des données, notamment les diagnostics sylvicoles (ONF et CNPF) et les suivis cynégétiques et ICE (FNC et OFB).
  • Les professionnels de fédérations départementales de chasseurs, de l’ONF et du CNPF (via ses délégations régionales, les CRPF) ont partagé ensemble leurs retours d’expériences concrets sur des territoires pilotes, tels que l’Observatoire de la grande faune et des habitats (OGFH) dans les Hautes-Alpes ou la démarche Sylvafaune déployée dans les massifs des Bertranges et de Moulière. Ces retours d’expériences mettent en avant l’importance de l’utilisation d’indicateurs robustes et de la collaboration et du dialogue dans tout le processus : de la définition des objectifs et de la mise en place des suivis jusqu’aux prises de décision.
Les ICE sont un levier majeur pour une gestion durable et concertée des territoires.

Dans cette perspective de gestion durable/adaptative de l’équilibre forêt-ongulé, l’OFB et l’INRAE développent actuellement une nouvelle application nationale visant à élaborer un tableau de bord interactif à base d’indicateurs : le baromètre de l’équilibre sylvo-cynégétique (ESC), qui regroupera :

  • Des indicateurs dynamiques de suivi (ICE et données cynégétiques) et de diagnostic sylvicole, à l’échelle des unités de gestion.
  • Des indicateurs descriptifs des unités de gestion.

Cet outil innovant offrira un diagnostic clair et partagé, permettant d’orienter la prise de décision rapide au niveau local pour préserver l’équilibre entre la grande faune et la forêt.

Le colloque a également abordé l’évolution des protocoles via l’optimisation des plans d’échantillonnage des suivis par ICE et l’utilisation de nouvelles technologies, telles que les pièges photographiques.

Plus de 20 ans après leur création, les Indicateurs de Changement Écologique ont démontré leur capacité à objectiver les situations et à favoriser le dialogue entre les acteurs. Face aux évolutions rapides des écosystèmes forestiers et aux défis du changement climatique, leur adaptation et leur déploiement continueront de constituer un levier majeur pour accompagner une gestion durable et concertée des territoires.

Ce colloque illustre la force du partenariat entre l’OFB et la Fédération nationale des chasseurs pour construire des solutions partagées au service de nos territoires. Face aux défis qui touchent nos forêts, nous avons besoin de croiser les expertises et de nous appuyer sur des données scientifiques pour agir collectivement. Les indicateurs de changement écologique montrent qu’en travaillant ensemble, forestiers, chasseurs, scientifiques et gestionnaires peuvent concilier les usages et préserver durablement la biodiversité.
Olivier Thibault, Directeur général de l'OFB
Cette journée a permis de réunir l'ensemble des acteurs concernés autour d'un même constat : face aux évolutions rapides des forêts et des populations d'ongulés, nous devons disposer d'outils robustes et partagés pour éclairer les décisions de gestion durable.
Pascal Sécula, Président délégué de la FNC en charge du dossier forêt
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